A Kabissa, nous voulons effectuer une révolution
September 26th, 2007 by Gnona Afangbedji
En prélude à son intervention ce jour sur le thème « Wikis, Blogs and Online Profiles for African NGOs at Kabissa–Space for Change in Africa », Tobias Eigen, Directeur associé cette association, basée aux Etats-Unis, a accepté de nous entretenir sur l’expérience de Kabissa (www.kabissa.org) dans l’appui aux Ong africaines en matière d’accès aux outils internet. Il se prononce également sur ce que le Web 2 pourrait véritablement apporter aux communautés africaines.
Comment pouvez-vous apprécier la présence de Kabissa à la conférence sur le Web2 ?
Kabissa est une Ong qui existe déjà depuis neuf ans. Nous avons une centaine d’Ong membres, réparties en Afrique, qui travaillent sur diverses thématiques. Mais, nous travaillons surtout avec ces Ong sur l’accès aux opportunités de l’Internet. Nous sommes ici à Rome pour partager notre expérience avec d’autres groupes organiser, apprendre des autres et aussi tisser des liens avec des réseaux qui développent des initiatives similaires en Afrique et partout dans le monde.
Il y a beaucoup de choses qu’on peut apprendre avec le web et c’est donc important pour nous d’être là et de contribuer à la concrétisation du rêve, que beaucoup d’Ong africaines nourrissent, de se connecter.
Quelles sont les contraintes que vous avez relevées dans vos activités de promotion de l’internet au sein des Ong africaines ?
Au début, nous avons surtout travaillé avec les Ong sur les enjeux des TIC en les amenant à comprendre l’intérêt qu’elles ont à se mettre sur la toile mondiale, à avoir une présence sur l’Internet. Cela a été très difficile car nombreuses sont ces Ong qui voyaient l’Internet comme un outil américain ou européen les considérant comme des consommateurs passifs d’information.
Nous travaillons donc à changer cette perception des choses en les aidant à se mettre en ligne avec leur propre identité et leur pouvoir de contrôle. C’est l’idée de départ de l’initiative de Kabissa. Je dois avouer qu’au début, on a eu d’énormes difficultés pour héberger les sites et les entretenir. Cela a été un vrai challenge. Avec les nouvelles technologies, nous voulons vraiment effectuer une révolution, je pense que le Web2 pourra nous aider à cela.
Qu’est-ce que le Web2 pourra concrètement apporter à votre intervention en Afrique ?
Avec le Web2, on peut donner aux Ong beaucoup plus d’espace sur internet sans qu’elles aient besoin de connaître les notions du Html. C’est très important. Il est possible avec les outils du Web2 de se mettre en ligne à travers le site de Kabissa, de mettre un profil, d’envoyer soi-même des informations, d’avoir les liens horizontaux avec d’autres Ong qui traitent les mêmes sujets. Le Web2 leur permettra de se rendre compte qu’elles ne sont pas seules, qu’elles forment une communauté avec des centres d’intérêt communs.
Qu’est-ce que vous avez pu capitaliser pendant les deux jours passés à la Fao ?
J’ai réalisé qu’il y a beaucoup d’initiatives et de choses formidables qui se font mais les acteurs ne se connaissent pas entre eux. Même si nous utilisons les nouvelles technologies, il y a nécessité de collaborer.
Je vois aussi qu’il y a beaucoup de personnes qui pensent travailler avec le Web2 mais ils ont toujours des mentalités du Web1. Ce que je trouve intéressant dans le Web2, c’est qu’il est participatif, ouvert, démocratique. Les informations peuvent bouger librement et les acteurs peuvent se déployer comme des experts. Mais cela fonctionne seulement quand tout le monde a une attitude ouverte.
Qu’avez-vous pu relever de façon particulière et qui pourrait induire une nouvelle orientation des activités de Kabissa ?
Je m’intéresse beaucoup au GIS (Geographic Information System), du fait qu’on peut mettre les gens sur une carte, savoir qui fait quoi et où ils se trouvent. C’est un très bon moyen pour avoir une vue globale de l’ensemble des acteurs d’une communauté. Le système que nous allons utiliser est « Open Source » (www.wikipedia.org/wiki/Open_Source), un « drupal » (www.drupal.org) ou un « civicrm » (www.civicrm.org). Avec cet outil, il est possible de mettre chaque pièce de contenu sur internet, un blog, un fichier, une photo qu’on peut fixer en latitude et en longitude, sur le globe. Et puis avec « Google Map » (www.maps.google.fr) par exemple, on peut les voir sur une carte d’Afrique ou d’un pays. J’espère aussi travailler avec les organismes qui collaborent avec les communautés rurales.
Ne pensez-vous pas qu’il est encore trop tôt pour parler de Web2 aux communautés rurales qui ont peut-être d’autres priorités ?
Je pense qu’il y a toujours le côté « hype » du Web2 avec des tendances comme des sites comme flickr, avec des logos intéressants. Mais à côté, il y a des services intéressants dont peuvent profiter les communautés rurales. C’est un mouvement, une nouvelle situation où on peut faire des choses innovantes. Il y a des choses totalement différentes et originales avec le Web2 comme un « Mashup » (www.wikipedia.org/wiki/Mashup). Il est possible pour quelqu’un qui utilise le « Drupal » de mettre des organisations sur une carte. Tout le monde peut le faire. Il y a aussi le fait que le Web donne la possibilité d’utiliser des RSS pour avoir en temps réel des informations dont on a besoin, au lieu de parcourir plusieurs moteurs de recherche. Je crois que le Web2 pourrait, dans un avenir proche, apporter des solutions aux problèmes de nombreuses communautés en Afrique.
Réalisation Gnona Afangbédji
