Ecueils et craintes face à l’appropriation des outils du Web par les populations rurales
September 25th, 2007 by Gnona Afangbedji
L’enthousiasme que dégage le Web2 pour le développement occulte certaines questions de fond que certains participants n’ont pas manqué de soulever à la séance plénière du mardi 25 septembre.
C’est Dr Hansjorg Neun, Directeur du CTA qui, le premier, a exprimé ses inquiétudes face à l’appropriation des outils du Web2 par les populations défavorisées, marquées par un taux d’analphabétisme assez élevé. Il s’agit d’un grand pavé dans la marre de ceux qui croient que l’internet de deuxième génération constitue un raccourci précieux pour faciliter l’accès à l’information du monde rural.
Lorsqu’on prend les applications Web2 - blogs, wiki, tags - l’interactivité qui les fonde laisse penser qu’elles constituent une passerelle évidente et importante pour l’accès à l’information du monde rural. La démonstration faite hier par le Prof. Jayanta Chatterjee, sur l’expérience en matière indienne de partage d’information agricole sonore (audioblog) en est une illustration (www.dealindia.org).
Mais, nombreux sont les participants à la conférence sur le Web2 qui ont voulu mettre un bémol à l’euphorie que suscitent les technologies de l’Internet participatif. « Quels usages voulons-nous que les gens fassent du web2 lorsqu’ils ont des problèmes de connectivité et d’accès aux infrastructures de base ?’’, s’interroge Anriette Esterhuysen qui détient une expérience avérée dans l’appropriation des TIC par les pays en développement.
Selon elle, la réduction de la fracture numérique entre le Nord et le Sud (et notamment au sein des pays les plus pauvres) constitue une condition à la réussite d’un développement par l’Internet participatif. Aussi, Anriette Esterhuysen propose-t-elle une nouvelle approche dans le renforcement de capacités des acteurs des pays du Sud. ‘’Il faut apprendre aux gens à utiliser les outils seulement lorsqu’ils ont un accès, autrement c’est une nouvelle forme d’exclusion qu’on encourage et cela viendra également creuser des inégalités entre les nantis et les pauvres’’, prévient-elle tout en plaignant pour un accès universel à l’internet pour faciliter une participation plus démocratique aux prises de décision.
La culture de l’oralité qui caractérise les pays du sud et la diversité linguistique exigent également une certaine convergence entre les applications du Web2 et les outils de télécommunications plus accessibles au plus grand nombre ainsi que l’adoption du plurilinguisme dans le partage et la diffusion de l’information.
Au Pérou, il a été possible de mettre en place, grâce au téléphone portable, un réseau d’échanges qui relie plusieurs centres d’information aux petits agriculteurs d’une localité afin de leur donner des connaissances en matière d’irrigation dans une région victime du réchauffement de la planète. L’usage des Sms pour partager des informations sur le marché agricole en Afrique de l’Ouest est également développé par le Mistowa, à travers le réseau en ligne tradenet, www.wa-agritrade.net.
Autant d’exemple pour montrer que le processus participatif que facilite le Web 2 ne serait efficace pour le monde rural que lorsqu’il emprunte des outils qui se basent sur l’oralité et la complémentarité entre internet et les moyens de communication populaire.
Il s’agira donc pour les développeurs d’applications d’envisager des technologies plus adaptées au contexte socio-économique des pays en développement. Sinon, l’excitation positive que procure les outils de Web2 ne serait que pur fantasme pour les vrais acteurs du développement à la base.
Gnona Afangbédji
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